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Redressement par l’Urssaf

Mis à jour le 12/06/2023

Temps de lecture estimé à 9 min

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Femme qui tient une enveloppe, lecture d'un papier administratif
© Getty Images / asiseeit
Formalités administratives

Sommaire.

  1. Les différents cas de redressement par l’Urssaf
  2. Les demandes de documents et les lettres d’observations
  3. Les recours lors d’un redressement par l’Urssaf

Si vous êtes à la tête d’une entreprise, vous pouvez faire l’objet d’un contrôle de l’Urssaf et cela quelle que soit la taille de votre entreprise (travailleur indépendant, petite entreprise, grand groupe, etc.). Ce contrôle peut alors donner lieu à un redressement.

La durée du contrôle Urssaf n’est en principe pas limitée. Cependant, les contrôles réalisés dans les entreprises de moins de 10 salariés ou auprès des travailleurs indépendants ne peuvent s’étendre sur une période supérieure à 3 mois, prorogeable une fois et comprise entre le début effectif du contrôle – la première visite de l’inspecteur – et la date de la lettre d’observations (article L. 243-13 du Code de la sécurité sociale). Depuis le 12 août 2018, cette limitation de la durée de contrôle à 3 mois est aussi applicable aux entreprises de moins de 20 salariés (article 33 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018).

Le décret n° 2023-262 du 12 avril 2023 apporte des précisions quant au début effectif du contrôle. Il correspond :

  • soit à la date de la première visite de l’agent de contrôle mentionnée dans l’avis de contrôle adressé à l’entreprise contrôlée, en cas de contrôle sur place ;
  • soit à la date de début des opérations de contrôle mentionnée dans l’avis de contrôle adressé à l’entreprise contrôlée de moins de 11 salariés, en cas de contrôle sur pièces.
À noter

La durée cumulée des différents contrôles (Urssaf, concurrence, consommation et répression des fraudes, administration fiscale, douanes, etc.) ne peut dépasser 270 jours (environ 9 mois) sur une période de 3 ans. Cette réforme s’applique depuis le 22 novembre 2018 dans les régions Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes pour une durée de 4 ans à titre expérimental avant d’être généralisée (loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d’une société de confiance). Seules peuvent en bénéficier les entreprises de moins de 250 salariés et dégageant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros. La mesure concerne les contrôles débutant à compter du 1er décembre 2018.

Bon à savoir

Depuis le 1er janvier 2017, dans le cadre d’un contrôle, l’Urssaf doit respecter et présenter la Charte du cotisant contrôlé. Cette charte précise la procédure de contrôle et les droits dont dispose la personne contrôlée pendant son déroulement et à son issue. La charte a été mise à jour par un arrêté du 31 mars 2022.

Les différents cas de redressement par l’Urssaf

Un redressement par l’Urssaf peut avoir lieu lorsque, suite au contrôle, l’inspecteur observe la nécessité de régulariser des cotisations et/ou contributions en faveur de l’Urssaf ou d’autres organismes chargés du recouvrement.

Les principaux cas de redressement par l’Urssaf concernent :

  • les avantages en nature : ceux-ci doivent être déclarés et sont soumis à des charges, si ce n’est pas le cas ou s’ils sous-évalués, ils sont réintégrés et donnent lieu à un redressement.

Exemple : un employeur, qui n’a pas déclaré la prise en charge financière par l’entreprise des contraventions routières des salariés, peut faire l’objet d’un redressement car cette prise en charge constitue un avantage en nature et est donc soumise à cotisations sociales (Cass. 2e civ., 14 février 2019, n° 17-28.047).

  • les frais professionnels : les frais remboursés par les employeurs aux salariés sont strictement encadrés. L’entreprise peut faire l’objet d’un redressement pour les frais professionnels qu’elle n’est pas en mesure de justifier ;
  • les indemnités kilométriques : elles peuvent faire l’objet d’un redressement en cas de non-respect des barèmes établis par l’administration fiscale ou d’absence de justificatifs mais aussi de déplacements incohérents ;
  • les réductions Fillon : le mode de calcul des réductions Fillon est assez complexe et peut faire l’objet d’un redressement en cas de versement insuffisant ;
  • les contrats collectifs : les contrats collectifs tels que prévoyance, retraite et santé peuvent faire l’objet d’un redressement en cas d’erreur lors de leur mise en place, de paiement, etc.

La principale solution pour éviter un redressement est de faire preuve d’une grande rigueur administrative que ce soit au niveau de la gestion du personnel, de l’établissement des bulletins de salaire ou encore des notes de frais.

Il est important de pouvoir justifier chaque dépense effectuée au sein de l’entreprise et de bien classer tous vos justificatifs. Les documents ou pièces justificatives nécessaires à l’établissement de l’assiette ou au contrôle des cotisations et contributions sociales doivent être conservés pendant au moins 6 ans (article L. 243-16 du Code de la sécurité sociale). Lorsque les documents ou pièces sont établis ou reçus sur support papier, ils peuvent être conservés sur support informatique (selon des modalités fixées par un arrêté du 23 mai 2019).

À noter

En application de l’article R. 243-18 du Code de la sécurité sociale, en cas de retard sur le paiement des cotisations sociales, il est appliqué une majoration de 5 %, ainsi qu’une majoration complémentaire de 0,2 % par mois ou fraction de mois de retard. Dans le cadre des contrôles de l’URSSAF, la majoration complémentaire n’est décomptée qu’à partir du 1er février de l’année qui suit celle au titre de laquelle les régularisations sont effectuées. Le taux de cette majoration complémentaire est abaissé à 0,1 % en cas de paiement des cotisations et contributions faisant l’objet du redressement dans les 30 jours suivant l’émission de la mise en demeure. Cette mise en demeure peut être envoyée de façon dématérialisée (article 18 de la loi n° 2018-1203 du 22 décembre 2018 de financement de la sécurité sociale pour 2019).

Bon à savoir

La loi n° 2018-898 du 23 octobre 2018a renforcé les mesures de lutte contre la fraude sociale. Désormais, les agents de contrôle de l’Urssaf disposent d’un droit d’accès direct aux informations de l’administration fiscale.

Les demandes de documents et les lettres d’observations

Demande de documents

Au cours d’un contrôle de l’Urssaf, vous êtes dans l’obligation de mettre à la disposition des agents chargés du contrôle tout document et devez leur permettre d’accéder à tout support d’information demandé.

Depuis le 1er janvier 2020, sauf autorisation de la personne contrôlée, les agents chargés du contrôle ne peuvent exploiter, hors des locaux du contribuable, que des copies des documents originaux (décret n° 2019-1050 du 11 octobre 2019).

De même, un agent chargé du contrôle a la possibilité d’interroger les personnes rémunérées par l’entreprise pour connaître leurs nom et adresse, le montant de leur rémunération, de leurs avantages en nature ainsi que la nature de leur activité. L’audition de ces personnes doit avoir lieu uniquement dans locaux occupées par l’entreprise ou sur les lieux du travail. À défaut, la procédure est nulle et le redressement est infondé (Cass. 2e civ., 28 janvier 2021, n° 19-26.263).

Bon à savoir

Une mise en demeure de l’Urssaf doit, sous peine de nullité, mentionner expressément le délai sous lequel le cotisant doit régler sa dette. Ce n’est pas au cotisant de déduire ce délai à partir d’indications portées dans la mise en demeure (Cass. 2e civ., 19 décembre 2019, n° 18-23.623).

Lettres d’observations

Lors d’un redressement par l’Urssaf, vous recevez une lettre d’observations vous demandant de régulariser votre situation. Cette lettre détaille et indique, pour chaque motif de redressement le montant des bases de calcul retenues pour le calcul du redressement ; le mode de calcul et le montant des redressements et des éventuelles majorations et pénalités envisagées. Vous avez alors un mois pour payer les sommes dues, sinon vous subirez les majorations complémentaires de retard.

Depuis le 1er janvier 2020, les observations adressées par l’Urssaf à la personne contrôlée suite au contrôle, doivent être faites au regard des éléments déclarés à la date d’envoi de l’avis de contrôle. Le cotisant contrôlé dispose de 30 jours pour répondre à la lettre d’observations de l’Urssaf. Depuis le 1er janvier 2020, cette période peut être prolongée à 60 jours à la demande de la personne contrôlée. En l’absence de réponse de l’organisme de recouvrement, la prolongation du délai sera considérée comme acceptée (décret n° 2019-1050 du 11 octobre 2019).

Lorsqu’une lettre d’observations de l’Urssaf mentionne un rappel de cotisations et contributions de sécurité sociale, la mise en demeure doit mentionner le même montant. Dans le cas contraire, la mise en demeure est considérée comme nulle (CA Paris, 5 juin 2020, n° 16/11569). La nullité de la mise en demeure prive de fondement l’obligation au paiement des sommes qui en font l’objet.

Bon à savoir

La mise en demeure envoyée par l’Urssaf doit contenir certaines mentions obligatoires. Les modalités et les voies de recours ouvertes ne font pas partie de ces mentions obligatoires. Ainsi, l’absence ou l’imprécision de la mention des voies de recours n’entraîne pas la nullité de la mise en demeure. Elle a pour effet de ne pas faire courir le délai de recours (Cass. 2e civ., 28 mai 2020, n° 19-12.503).

Les recours lors d’un redressement par l’Urssaf

Contester le redressement

Vous pouvez contester le redressement par l’Urssaf en saisissant la commission de recours amiable (CRA) dans un délai d’un mois. Vous ne devez alors pas payer les sommes exigées mais des majorations de retard seront appliquées si vous n’obtenez pas gain de cause.

La commission vous fait part de sa décision par lettre recommandée. Elle indique alors le délai de recours et ses modalités d’exercice. Si la commission rejette votre requête ou ne donne pas de réponse sous 2 mois (article R. 142-6 du Code de la sécurité sociale), vous pouvez contester le redressement devant le tribunal de grande instance spécialement désigné pour connaître des affaires sociales (article L. 211-16 du Code de l’organisation judiciaire). Vous disposez d’un délai de 2 mois.

Bon à savoir

La loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe sièclea programmé le regroupement du contentieux de la sécurité sociale. Depuis le 1er janvier 2019, en application de l’article L. 211-16 du Code de l’organisation judiciaire, des tribunaux de grande instance spécialement désignés remplacent en première instance les tribunaux des affaires de sécurité sociale (TASS) pour le contentieux général et les tribunaux du contentieux de l’incapacité (TCI) pour le contentieux technique à caractère médical (état d’invalidité, d’inaptitude et d’incapacité permanente).

Négocier le montant de son redressement

Depuis le 18 février 2016, et suite au décret n° 2016-154 du 15 février 2016, il est possible de négocier le montant de son redressement Urssaf en déposant une demande de transaction.

Cela permet de minorer les pénalités et majorations en cas de retard de cotisations ou de contributions de la Sécurité sociale ou même de revoir le montant du redressement.

Pour pouvoir déposer une demande de transaction, il faut :

  • être à jour des obligations déclaratives et de paiement ;
  • ne pas avoir saisi la commission de recours amiable ou le tribunal des affaires de sécurité sociale ;
  • la demande de transaction concerne : des pénalités et majorations de retard liées au contrôle de l’Urssaf ; l’évaluation des avantages en nature, en argent et des frais professionnels ; un chiffrage du redressement difficilement réalisable par échantillonnage, extrapolation ou de façon forfaitaire.

Le directeur de l’Urssaf dispose d’un délai de 30 jours à compter de la réception du dossier de demande de transaction pour notifier sa réponse. Passé ce délai, elle est considérée comme refusée.

Si le directeur accepte la demande, les deux parties conviennent d’une proposition de protocole transactionnel transmise à la mission nationale de contrôle des organismes de Sécurité sociale pour approbation.

Bon à savoir

L’avis préalable au contrôle a pour objet d’informer l’employeur ou le travailleur indépendant de la date de la première visite de l’inspecteur du recouvrement. Au cas où il entend reporter celle-ci, il incombe à l’organisme de recouvrement d’en informer en temps utile et par tout moyen approprié l’employeur ou le travailleur indépendant et de rapporter la preuve de la réception de l’information en cas de recours contentieux (Cass. 2e civ., 15 mars 2018, n° 17-13.409).

À noter

Le 21 octobre 2020, un modèle de proposition de protocole transactionnel a été approuvé. Ainsi, les directeurs des organismes de recouvrement ont la possibilité de conclure un accord transactionnel conformément au modèle établi par arrêté (arrêté du 8 octobre 2020).

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